"- Je dis : éducation par le travail.
Qu'on n'entende pas aussitôt : éducation par le travail
manuel, comme si le travail devait désigner exclusivement
l'activité manuelle. Elle est cela, il est vrai, à
l'origine, mais sans que cette activité soit jamais arbitrairement
séparée d'une haute spiritualité qui l'illumine,
isolée du processus vital dont elle est un élément,
aussi bien que du processus social qui la conditionne.
Cette idée d'éducation par le travail ne signifie
pas, non plus, que dans l'école nouvelle que je crois nécessaire
à la société actuelle, on se contentera de
jardiner, de soigner les bêtes et les plantes, de clouer,
de maçonner et de forger. C'est là la conception
méprisante du travail qui laisse aux uns la charge aride
de l'effort musculaire et de l'habileté manuelle - comme
à une machine à laquelle on demande seulement d'assurer,
avec un minimum de sollicitude, les gestes socialement indispensables
- pour réserver à d'autres les besognes nobles où
la pensée reste prépondérante.
Le travail est un tout : il peut y avoir autant de bon sens, d'intelligence,
d'utile et philosophique spéculation dans le cerveau de
l'homme qui bâtit un mur que dans celui du savant cherchant
dans son laboratoire. Seulement, chacun exerce ses fonctions selon
ses tendances et ses possibilités et, dans un État
bien organisé, elles auraient toutes leur éminente
noblesse."
Célestin FREINET, L'Éducation du travail.

Outre une nécessité économique,
le travail est un élément essentiel d'épanouissement
de la personne et de la société, à condition
qu'il s'agisse d'un travail à la fois socialement utile
et librement choisi, qui intéresse le travailleur, sur
lequel celui-ci a un pouvoir et dont il se sent responsable. Seule,
actuellement, une minorité de personnes privilégiées
travaille ainsi. Une énorme majorité se trouve
dans la situation exactement inverse et beaucoup sont même
exclus du travail, ce qui pose la question du changement social.